Projet d’accord interprofessionnel : pourquoi les Jeunes FGTB diront non.

Depuis l’annonce d’un pré-accord, nous avons déjà pu lire ou entendre pas mal de réactions au travers des médias. La FGTB Wallonne a par ailleurs annoncé que nous nous dirigerions probablement vers le refus, mais la consultation de nos sections a seulement commencé et nous devons attendre la fin du processus démocratique interne à la FGTB pour annoncer une position ferme et définitive.

Pourquoi, en tant que jeunes, refuserons-nous que nos négociateurs signent cet accord avec les représentants des fédérations patronales ?

Analysons le communiqué de Pieter Timmermans, directeur général de la FEB (Fédération des entreprises de Belgique) de ce 28 février, « AIP : un accord équilibré comportant trois dimensions : économique, écologique et sociale ».

Au niveau économique, les employeurs se satisfont que nous n’ayons obtenu que 1.1% d’augmentation salariale, les entreprises gagnant grâce à cela en compétitivité (1 point de pour cent par rapport aux pays voisins). En clair, cela veut dire que nous ne gagnons pas du salaire mais en perdons par rapport aux autres travailleurs européens ! Tout cela pour que les entreprises gagnent en compétitivité, entendons pour que les actionnaires s’enrichissent encore plus sur le dos des travailleurs ! Bref, pas de réelle augmentation salariale mais de la poudre aux yeux (et qui pique, limite marchand de sable).

Le patron des patrons ne parle même pas de l’augmentation du salaire minimum ; c’est tellement inodore, incolore et insipide, 10 centimes de l’heure, qu’il ne risque pas de heurter grand monde dans ses rangs. Par contre pour les jeunes, majoritairement au salaire minimum, c’est une claque, mais de celle qui finit par démanger grave une fois le choc passé.

D’autant qu’après avoir appris de la bouche du patron de la FEB que nous y perdions en monnaie sonnante et trébuchante, nous constatons qu’il s’émeut de bonheur d’avoir « gagné » sur le plan de la flexibilité. Après la claque, la douche froide. Et oui, nous pourrons dès à présent travailler 120 heures supplémentaires au lieu de 100 précédemment, à la guise de nos employeurs.

Ensuite, au niveau écologique, la bonne blague, la FEB se targue d’avoir pris ses responsabilités en augmentant l’intervention des employeurs dans le prix de l’abonnement (de 64% à 70%). Reste toujours 30% que le travailleur doit prendre en charge mais avec l’augmentation des tarifs des transports en commun (vu les coupes dans les services publics), leurs 0.10 cents de plus de l’heure ne couvriront même pas la différence… Bref, les jeunes n’y ont rien gagné, au contraire, et les étudiants en ce moment dans la rue pour réclamer des actes forts en matière de climat doivent bien se sentir insultés…

Enfin au niveau social, avoir intégré les augmentations (infimes et ciblées) des allocations dans les négociations constitue un chantage abominable : les travailleurs qui souhaiteraient bloquer cet accord injuste risqueraient de bloquer les maigres avancées que pourraient obtenir les allocataires sociaux.

Pour ce qui est des régimes de prépensions (RCC), Pieter Timmermans se targue d’avoir fait graver dans le marbre qu’à terme, tous les régimes ne pourront être appliqués qu’à partir de 60 ans, même dans les métiers pénibles. Il est navré d’annoncer à ses troupes que la seule chose finalement qu’ils ont dû concéder c’est le sursis d’un an qu’ils laissent aux travailleurs avant l’application de cette mesure.

Equilibré vous disiez ? une diminution de nos salaires par rapport aux salaires des pays voisins, une offense aux travailleurs au salaire minimum, une augmentation de 20% de la flexibilité, des départs à la prépension retardés à 60 ans pour toutes et tous, cacahuètes pour certaines catégories d’allocataires seulement, du vent pour la mobilité, rien pour la formation des travailleurs et rien pour la réduction collective du temps de travail.

Si nous acceptions cet accord en tant que jeunes, c’est comme si nous acceptions de donner une partie supplémentaire de notre salaire et de notre force de travail à des actionnaires. Aujourd’hui il est question de lutte des classes, nous devons nous battre pour obtenir une juste répartition des richesses. La solidarité, quant à elle, s’applique entre travailleurs et allocataires sociaux, pas pour alimenter ces profiteurs.

Leave a Reply