Face à l’extrême droite : résistance antifasciste !

Au lendemain des élections, l’heure est au questionnement mais aussi à l’inquiétude tant les résultats électoraux sont symbole d’une société toujours plus divisée, non seulement en Belgique mais également partout en Europe.

En Wallonie, c’est la gauche plurielle (PS, PTB, Ecolo) qui est largement sortie vainqueur des scrutins, preuve que la politique menée par les libéraux ces cinq dernières années a largement été rejetée par les citoyen-ne-s wallon-ne-s. Preuve également que la FGTB reste le principal rempart de gauche contre les politiques néo-libérales de ces dernières années.

Mais l’inquiétude vient plutôt de Flandre où la droite conservatrice (N-VA) et l’extrême droite (Vlaams Belang) ont largement remporté le scrutin. A elles deux, elles remportent plus de 40% des voix au Parlement flamand. Respectivement 24,83% pour la N-VA et 18,50% pour le Vlaams Belang (+12,6% par rapport à 2014) redevenant la deuxième force politique en Flandre, une première depuis 2004.

Le Vlaams Belang (ex-Vlaams Blok) nait en 1979 en tant que scission d’extrême droite de la Volksunie (parti nationaliste flamand multi-tendance). A l’époque, il affiche clairement sa proximité avec des organisations néo-nazies flamandes. Vers le milieu des années quatre-vingt, le parti rompt progressivement avec ses alliés sulfureux pour devenir un parti d’extrême droite moderne à l’image du Front National de Jean-Marie Lepen. C’est sous la présidence de Filip Dewinter, à la fin des années quatre-vingt, que l’immigration devient leur principal cheval de bataille et qu’ils commencent à accumuler les succès électoraux avec leur slogan « Eigen volk eerst ! » (Notre peuple d’abord !).

C’est suite à sa victoire électorale en 1991 (premier « Dimanche noir », le VB fait 10% des voix), que l’ensemble des partis démocratiques s’accordent pour interdire toute coopération avec le Vlaams Blok, ce qui conduira à l’instauration d’un cordon sanitaire. La montée du VB mobilisera également la société civile (dont les syndicats) pour faire barrage à ses idées dans la société. En 2004, certaines organisations du VB sont condamnées pour violations de la loi anti-racisme. Le Vlaams Blok change alors de nom pour devenir le Vlaams Belang et obtient son dernier succès électoral. Après cette date, le parti connaitra une lente décrépitude, concurrencé d’abord par la Lijst de Dedecker et puis – et surtout – par l’émergence de la N-VA. En 2014, le jeune Tom Van Grieken reprend les rennes d’un parti moribond, dont il va s’évertuer à banaliser l’image avec le succès électoral qu’on lui connait aujourd’hui. Le Vlaams Belang est parvenu à capter les déçus de la N-VA, quelque peu discréditée par 5 années de présence au Gouvernement fédéral, malgré la présence sulfureuse de Théo Francken ou de Jan Jambon. Le VB va également attirer sur ses listes Dries Van Langenhove, fondateur de Schild & Vrienden, groupuscule identitaire qui a fait parler de lui dans la presse pour ses actions racistes, anti-migrant-e-s et antisyndicales.

La N-VA et le Vlaams Belang apparaissent aujourd’hui comme les deux faces d’une même pièce, celle de la montée des droites conservatrices, nationalistes et autoritaires. À ce petit jeu, le MR détient une responsabilité historique, car c’est le parti de Charles Michel qui, en s’associant à la N-VA au fédéral, a contribué à banaliser les politiques d’extrême droite.

Il est, pour l’heure, trop tôt pour dire quelles coalitions vont se mettre en place dans les différentes entités fédérées et au fédéral. La N-VA et les autres partis flamands vont-ils briser le cordon sanitaire en s’associant au Vlaams Belang ? Rien n’est certain, mais on sait déjà que la N-VA n’est pas forcement partisane du maintien du cordon sanitaire. Lors de son premier discours de soirée électorale, Bart de Wever n’a pas exclu de négocier avec le VB.

Cette percée électorale de l’extrême droite concerne donc l’ensemble des travailleurs-euses et pas seulement en Flandre. Au niveau Européen, l’extrême droite représente désormais une force capable d’influencer considérablement les politiques. En Belgique, le VB – même dans l’opposition – sera capable d’influencer l’ensemble du paysage politique bien au-delà du Nord du pays.

L’objectif du Vlaams Belang reste toujours une Flandre indépendante et ethniquement homogène. Inutile de dire que l’ombre du VB planera sur le futur accord de gouvernement, qui sera fortement marqué par les questions communautaires et les politiques migratoires toujours plus excluantes et racistes.

D’un point de vue des valeurs, le VB est extrêmement réactionnaire. Son cheval de bataille : la défense de la famille traditionnelle dans laquelle les femmes ont comme unique fonction de perpétuer le peuple flamand. Le Belang lutte également contre l’avortement et l’homosexualité, considérées comme des formes de dégénérescence morale. Alors que les droits des femmes sont déjà attaqués de toute part, la présence du VB au Parlement est une menace supplémentaire…

Depuis sa fondation, le Vlaams Belang base l’essentiel de son programme économique sur l’idéologie solidariste héritée de Joris Van Severen (fondateur du mouvement fasciste Verdinaso). Le solidarisme s’oppose à la fois aux conceptions marxistes de la lutte des classes tout en rejetant les « excès du capitalisme international ». Le solidarisme est résolument libéral en matière économique, mais défend le principe de solidarité pour celles et ceux qui le méritent dans le cadre de la « nation » (flamande évidemment) Le VB défend donc un capitalisme national et une vision pro-patronale : préférence nationale, réduction de la fiscalité, encouragement des investissements privés et réduction du « coût » du travail. Dans la vision du Belang, toute idée de lutte des classes doit être évacuée au profit d’une « communauté ethnique » homogène. L’histoire nous a montré quel sort cette idéologie réservait aux organisations syndicales et à tout-e-s celles et ceux qui luttent pour la justice sociale…

Un peu partout dans le monde, l’extrême droite est aux portes du pouvoir quand elle ne l’a pas déjà obtenue. Cette extrême droite, ce fascisme, qui ne dit pas encore son nom, a plusieurs visages, mais partout ses victimes sont semblables : les migrant-e-s, les femmes, les LGBTQI et l’ensemble des travailleurs-euses. La menace est aujourd’hui bien réelle et ne rien faire, c’est se condamner à la défaite. C’est pour cela que les Jeunes FGTB participent depuis plusieurs semaines à la construction d’une large Coalition (Stand Up) contre l’extrême droite. Il est plus que jamais nécessaire de construire la solidarité avec les camarades flamand-e-s, avec les migrant-e-s, avec les sans-papiers, avec les mouvements féministes et de bâtir des réseaux de mobilisation et de résistance afin de ne pas laisser le champ libre à l’extrême droite. Les organisations syndicales doivent prendre une part active dans ce combat, par la formation, par la mobilisation, en s’impliquant dans des comités antifascistes locaux, voire par la grève si nécessaire.

A notre sens, il est inenvisageable que des partis se réclamant progressistes puissent former des majorités gouvernementales avec l’extrême droite ou avec ses alliés libéraux, qui mènent depuis des années des politiques antisociales.

Nous appelons donc nos affilié-e-s à se mobiliser dès ce mardi à 18h Place du Luxembourg, mais aussi à rejoindre les futures mobilisations antifascistes dans les mois à venir.

No pasaran !

Les Jeunes FGTB, 28 mai 2019

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