Jeunes : le travail avant l’emploi

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L’été est arrivé et avec lui le dernier effort avant les vacances pour les étudiants. Vacances qui pour certains seront synonyme de travail afin de financer les études de l’année suivante. Et pour d’autres commence le parcours du combattant pour accéder au marché de l’emploi. Passage par la case FOREM, ACTIRIS, VDAB… Recherche des offres d’emploi. Visites aux agences d’intérim. Rédaction de CV, de lettres de motivation, entretiens d’embauche. Les jeunes et le travail : tel est le thème de notre dossier.

S’ils ne comptent pas dans les chiffres de la « population active », les jeunes encore aux études n’en font pas moins partie. Chaque année, un demi-million de jeunes travaillent comme jobistes. La moitié d’entre eux via l’intérim. C’est que les études coûtent cher, surtout s’il faut «  koter  ». Les bourses d’études sont ridiculement basses et les conditions de revenus des parents suffisamment strictes pour en exclure les ménages dont les revenus sont moyens par le simple fait que les deux parents travaillent sans pour autant rouler sur l’or.

Selon une étude de Randstadt, l’assouplissement de la loi sur le travail étudiant qui a porté à 475 heures (au lieu de 50 jours par an) l’autorisation de travailler pour les jobistes a fait grimper la durée moyenne du travail étudiant mais l’a surtout étalée sur l’année. La société d’intérim y voit la preuve que cette flexibilisation arrange les jeunes.

Ce n’est hélas pas toujours le cas. La même étude constate en effet que :

  • 17  % des étudiants interrogés travaillent pendant les heures de cours ;
  • la moitié des étudiants ont été sollicités par leur employeur pour les convaincre de travailler pendant les heures de cours ;
  • un étudiants sur quatre travaille également pendant la période de blocus et/ou d’examens ;
  • le nombre d’étudiants qui disent travailler régulièrement en semaine est passé de 26 % en 2017 à 44 % en 2018.

Ces constats montrent à la fois l’état de nécessité qui conduit les étudiants à travailler en dehors des vacances au détriment de leurs études et l’intérêt des employeurs à les employer.

Ces jeunes sont la réserve de main-d’œuvre idéale pour les plateformes dites erronément «  collaboratives  » du type Uber ou Deliveroo. Ils trouvent aussi de l’emploi dans le secteur du commerce qui en use et en abuse largement plus que comme bouche-trous au point de créer une concurrence entre cette main-d’œuvre étudiante flexible, pas chère, pas organisée, et les travailleurs du secteur employés souvent à temps partiel et demandeurs sans succès d’heures complémentaires.

Ils sont aussi un « bon public » pour les sociétés d’intérim qui en font leurs choux gras.

Selon le dernier rapport du Conseil supérieur de l’emploi, 656.000 personnes ont travaillé comme intérimaires en 2017, dont 248.000 étudiants (29 % du total). Une entreprise sur trois y a fait appel, pour remplacer du personnel, pour recruter ou en raison d’un pic d’activité. L’intérim a cependant l’avantage d’offrir un contrat en bonne et due forme, ce qui n’est hélas pas toujours le cas par ailleurs, sans parler du travail au noir. Toujours selon Randstadt, le nombre d’étudiants travaillant au noir oscillerait entre 15 et 20 %.

Le travail étudiant n’est pas un travail de « planqués ». On les retrouve dans beaucoup de secteurs, mais principalement dans le commerce (21  %) et l’horeca (17  %) mais aussi dans la production (11  %) la construction (3  %) et le nettoyage (3 %). Cela peut poser des problèmes de sécurité. Les jeunes de 20 à 29 ans sont en général les plus exposés aux accidents du travail. Même si cela va de pair, plus que l’âge, c’est l’ancienneté et l’expérience qui compte pour prévenir les accidents. D’où l’importance de l’accueil des jeunes dans les entreprises que nos délégués assurent justement pour éviter les accidents du travail et autres déboires.

Magazine Syndicat, Juin 2019

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